Patient

Une semaine en famille d’accueil

C’est sans aucun doute, l’expérience qui a le plus marqué Vincent lors de la réalisation de ce mémoire médiatique. En quelques lignes, il revient sur les journées qu’il a passées à Lierneux, dans la maison de Gilbert, Hubert et Liliane.

Lierneux

Gigi, Hubert et Liliane.

Alors que Guillaume passe déjà des journées entières dans les locaux de l’Autre Lieu à Bruxelles, je me demande si je vais pouvoir réaliser mon reportage au sein d’une famille d’accueil. Quand la complexité de l’administration hospitalière se lie aux vacances d’été, la demande d’autorisation pour effectuer une immersion prend du temps. Je piétine d’impatience, j’ai envie me mettre au travail.

Deux mois plus tard, je reçois un coup de fil du docteur Van Audenrode, médecin en chef de l’hôpital. Il me redirige vers le docteur Jammear, psychiatre, qui fait suivre l’appel à Cynthia Lesenfants, l’infirmière en chef du service. C’est bon ! Hubert, Gilbert et Liliane acceptent de m’accueillir chez eux. Il n’y a plus qu’à faire leur connaissance.

Je charge mon sac photo, mon tapis de sol et mon sac de couchage dans la voiture. Direction Lierneux. Entre chez moi et ce village reculé, il y a une petite demi-heure de route. Le temps du trajet, j’ai le temps d’appréhender le séjour qui m’attend. Est-ce que je ne suis pas en train d’imposer ma présence à cette famille ? Est-ce que je suis vraiment le bienvenu ? Est-ce que je dois donner de l’argent pour les repas ou est-ce éthiquement peu correct ? Des questions de plus en plus stupides s’enchaînent et puis j’aperçois Gilbert. Il pose les sacs de pellets qu’il porte sur l’épaule à l’avant de la maison, me salue et me montre l’entrée. Je comprends que mon arrivée est la bienvenue.

Lierneux

Je me suis drillé. Pas besoin de parler des pathologies, de toute façon je n’en parlerai pas dans mon article. Je viens pour comprendre comment se déroule l’accueil dans les familles à Lierneux. Je suis à peine assis qu’Hubert descend les escaliers et me salue. On parle cinq minutes et il m’explique son diagnostic. Gilbert enchaîne avec le sien. La maladie est là, ils font avec et ils en parlent s’ils le veulent. Je me sens bête d’avoir imaginé mettre cet aspect de leur vie de côté. Sans les définir, il fait partie d’eux-mêmes.

La matinée, j’échange des recettes avec Liliane. L’après-midi, je parle de musique avec Gigi. Et le soir, je parle d’Hubert… avec Hubert. Après avoir rangé les assiettes du souper dans le lave-vaisselle, il me demande si je veux sortir mon enregistreur. « J’ai quinze minutes pour discuter avant d’aller dormir si tu veux », me propose-t-il. J’avais prévu de regarder la télé avec Liliane mais évidemment que j’ai du temps pour discuter, ou écouter plutôt.

J’ai quinze minutes pour discuter avant d’aller dormir si tu veux.

Lentement et avec un accent germanophone qui le rend, d’une certaine manière, assez attachant, il me raconte son ancien boulot, sa famille, sa vie en long et en large. Je ne pose pas de questions ou très peu. Je l’aide juste à trouver quelques mots en français pour terminer ses phrases. Après le quart d’heure annoncé, Hubert me prend le bras : « J’ai encore 45 minutes, je me reposerai demain». Alors, on reste assis et on parle.

De cette heure de discussion, je retiens que nous marchons tous sur un fil. Tous les paramètres jouaient en la faveur d’Hubert pour qu’il garde l’équilibre. Boulot, réussite sociale, don pour aider ceux qui ont moins de chances que lui dans la vie… Un petit coup de vent au mauvais moment et il a perdu l’équilibre. Il n’est pas tombé. Il s’accroche. « Encore un peu de travail avec ma maladie », comme il dit « et je pourrai dire que je suis heureux ».

Lierneux

Hubert, dans son lit devant un programme en allemand.

Durant cinq jours, j’ai eu le temps de passer des moments plus légers et plus comiques qui ont tout autant marqué mon séjour. Je dois la plupart de ceux-ci à Gigi. Ses habitudes cocasses ne m’ont laissé que peu de sommeil. Endormi sur le sol du salon, c’est à chaque fois lui qui me réveille en allumant la lumière de la cuisine. À trois heures du matin, il a fini sa nuit. Il se prépare tout un perco de café et il démarre sa journée. Deux tasses, une clope. Deux tasses, une clope… Une fois qu’il en a bu une dizaine, il prépare la table pour Hubert et Liliane. Leurs médicaments respectifs et en fonction de leurs préférences pour le petit dej’. La tasse de café matinale m’a empêché de me rendormir. De toute manière Gigi lève les volets aux alentours de 5h. Comme ça, tout est prêt quand le reste de la famille sort du lit.

Je pourrais également vous parler de ses écouteurs. Peu importe le sujet de votre discussion, peu importe le moment de la journée, Gigi garde la musique dans ses oreilles en guise de tapis sonore. Combien de fois ai-je pensé à ma maman et ses règles pour se tenir à table lorsqu’il s’asseyait devant son assiette, du Al di Meola dans les oreilles? Éducation, code de la société, manière d’être… Finalement, Gigi parle autant qu’un autre lorsqu’il est à table, voire plus. Ces situations qui génèreraient un malaise chez un tas de personnes, Liliane s’en contrefiche. « Tant qu’il ne me réveille pas à trois heures du mat’. Tant qu’il partage lorsqu’il est avec nous à table. Ça ne me pose pas de problème ». Tout le monde vient comme il est chez Liliane. Tant que Gilbert, Hubert et Liliane sont heureux… Les écouteurs, je m’en contrefiche aussi.

En quelques images, je reviens sur près d’une semaine chez Liliane.