Équipes mobiles

L’équipe mobile Pléiade

À Namur, nous nous rendons dans les équipes mobiles Pléiade. Une équipe mobile, c’est quoi ? La réforme des soins de santé mentale, réforme 107, a permis un gel de lit dans les hôpitaux psychiatriques. Les lits ainsi dégagés ont permis la réaffectation de moyens aux équipes mobiles. Et ce, dans le but de transformer une partie des soins résidentiels en soins communautaires. Les équipes mobiles ont pour mission le traitement à domicile de problèmes psychiatriques aigus ou chroniques. Pléiade a ouvert fin 2011, début 2012 et est issue du gel de 30 lits dans l’hôpital psychiatrique du Beauvallon et de 30 lits dans celui de Dave.

On a des psychiatres, des infirmiers spécialisés en psychiatrie, des assistants sociaux, des éducateurs, des psychologues…

Le bâtiment est structuré en fonction du 2A et du 2B. Le 2A, à l’étage, s’occupe du suivi de personnes en situation de crise. Tandis que le 2B, au rez-de-chaussée, est prévu pour un accompagnement à plus long terme de personnes ayant une problématique psychiatrique « chronique et complexe ». Ce qui sous-entend, bien souvent, un ou plusieurs passage(s) en hôpital. La plupart des personnes suivies par Pléiade ont une problématique psychiatrique assez « lourde », un parcours de plusieurs années en psychiatrie ou ont été hospitalisées de multiples fois. Nous accompagnerons les équipes de suivi continu, le 2A étant trop compliqué à suivre dans une démarche journalistique.

Développés comme une alternative à l’hospitalisation, les soins à domicile existaient déjà avant la réforme. Notamment, depuis 2001, sous la forme de SPAD (soins psychiatriques pour personnes séjournant à domicile). Ceux-ci collaborent d’ailleurs souvent avec les équipes de suivi continu. « Il y avait par exemple un SPAD sur la région namuroise, un service de psychiatrie à domicile avec 2,5 équivalents temps plein. Ici, on est bien au-delà. On est aux alentours d’une grosse vingtaine d’équivalents temps plein. On a des psychiatres, des infirmiers spécialisés en psychiatrie, des assistants sociaux, des éducateurs, des psychologues… », explique Julie Régimont, manager des équipes mobiles PléiadeUne richesse dans les équipes qui permet à chacun d’apporter sa touche lors du suivi.

Elles (les hospitalisations) restent nécessaires à certains moments

Pour Julie Régimont, être une alternative ne veut pas dire se priver des hospitalisations « parce qu’elles restent nécessaires à certains moments ». L’idée des interventions est donc d’éviter au maximum le recours à l’hôpital. L’avantage de se rendre chez les gens, c’est qu’on se rend plus facilement compte de quand ça ne va pas. Si le logement de la personne commence à se dégrader, qu’il n’y a plus rien dans le frigo, l’équipe peut remarquer une décompensation plus rapidement que lors de rendez-vous dans un bureau sans âme. Si l’hospitalisation est nécessaire, le suivi ne s’arrête pas.

Les équipes fonctionnent en binômes. Cela permet de garder une certaine continuité, de créer de la confiance mais également de connaître l’autre. Les regards de l’un et de l’autre sont également importants. Les binômes sont mixtes au niveau des fonctions : un assistant social et un infirmier par exemple, tout dépend de la situation. Suite à ses études, son cursus, chacun voit quelque chose de différent, les grilles de lecture s’entrechoquent et s’enrichissent.

À Dave, Ludovic et sa collègue rendent visite à l’une des personnes qu’ils suivent. Un homme d’un certain âge, dans une situation assez complexe. La plupart du temps, le contact est difficile, l’homme répond à peine. Aujourd’hui, les choses sont différentes. De sa grosse voix, Ludovic prend des nouvelles de sa famille, lui demande comment il se sent dans le pavillon où il est pour le moment. Et à sa grande surprise, son interlocuteur lui répond, n’arrête pas de parler. Il y a quelques jours, il s’est fait agresser. Depuis, il a changé d’aile dans l’hôpital et se retrouve avec des personnes plus âgées, plus tranquilles. Et ça semble lui réussir vu la tête de Ludovic en sortant du bâtiment. Il n’en croit pas ses oreilles et est légèrement abasourdi par l’envie de parler de son patient. Ce qui est sûr, c’est que ça le réjouit de le voir comme ça. Dans la voiture, sur le retour, nous passons devant les bâtiments de l’IHP, deux petites maisons blanches posées à flanc de colline.

Tout n’est pas Walt Disney, mais ce n’est pas parce que ça ne ressemble pas à Walt Disney que ce n’est pas bien

Et puis, on discute des difficultés du métier. Un boulot qui demande beaucoup humainement, où l’échec fait partie du quotidien. Plusieurs fois lors de nos rencontres, j’entendrai cette même idée. Au fil du temps, les travailleurs doivent s’armer contre ces événements qu’on peut considérer comme des ratés, tant au niveau personnel que professionnel, même si ce n’est pas toujours le cas.

Aujourd’hui, à peu près 180 personnes sont continuellement suivies par les équipes du 2B. La date de début des rendez-vous est connue mais pas la date de fin. Quand on parle de remise au travail, Julie Régimont tempère. « Je pense qu’il y a des personnes pour qui rester au domicile, c’est déjà un objectif en soi. Et ce n’est pas un mauvais objectif pour autant. Tout n’est pas Walt Disney, mais ce n’est pas parce que ça ne ressemble pas à Walt Disney que ce n’est pas bien ».

Magali & madame X

Avec Magali, nous nous sommes rendus chez madame X, une des patientes dont le rétablissement peut être une source de fierté. Magali est éducatrice spécialisée. Depuis 18 ans, elle travaille en psychiatrie. Aujourd’hui, elle n’est pas accompagnée d’un collègue pour rendre visite à la vieille dame. Elle ne la voit plus que toutes les trois semaines environ. Dans son petit appartement au centre de Namur, madame X nous accueille avec une tasse de café. Elle s’excuse d’avance s’il n’est pas génial, ça fait longtemps qu’elle n’en a plus fait.

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